LES FORUMS
Discus Générales Famille & Loisirs Santé, Forme et Beauté Sexualité Autour du Tchat
Société   Art et Culture Informatique et NTIC
Sciences et paranormal Humour
 

3 utilisateurs inconnus

 Mot :   Pseudo :  
 
 Page :  1  2  3  4  5
Page Précédente 
Auteur
 Sujet :

La poésie

 
n°1906
Avatar
Posté le 14-06-2007 à 16:29:32  answer
 

La poésie sur un site
 
http://le-coin-des-poetes.keuf.net
 
Venez lire des poémes et pourquoi pas vous


Message édité par Profil supprimé le 14-06-2007 à 16:35:22
mood
Liens
profil
Posté le 14-06-2007 à 16:29:32  answer
 

n°1909
Avatar
Posté le 20-06-2007 à 07:01:07  answer
 

J'ose proposer à des amis inconnus des poèmes bulgares traduits en français que je fais paraître dès 1997 dans une revue bilingue "Les Lettres Bulgares". La première partie de cette revue est consacrée uniquement à la poésie bulgare moderne. Trois volumes de cette revue sont présentés dans le site  
http://pismena.net.co.nr
Je serai très heureuse de trouver des Amis nouveaux qui vénèrent Orphée et la création poétique.
Nevykerem

n°1910
Avatar
profil
Posté le 20-06-2007 à 17:56:08  answer
 

Много скъп,  
 
Благодаря за вашето съобщение и до голяма степен, за чувството, което вие давате на поезията,.  
 
Дясната страна на вас.  
 

n°1949
Avatar
Posté le 22-07-2007 à 19:18:57  answer
 

[#ff4600][email][b]Refrain de passion
 
 
 
 
De ma fenêtre, je vois
Un pélican étourdi
Avec des yeux silencieux
Il se cache entre la boue et l'eau
Serait-ce moi
Bien engourdi sur le lit de l'eau
Entrain d'observer une belle
enfouie sous la tente de l'absence
Le soir s'en va
Avant le coucher  
Je plonge dans le débat des objets
Pour tisser avec  
Le refrain de la passion
Une douleur
Je désire qu'elle habite  
Entre l'oreiller et le poème
Il se peut que
Je me sois bien engourdi
Sur le lit de l'eau
Je grimpe sur mes pas
Je offre une passion  
A la belle de la matinée
Elle était là à balbutier
La prière d'un ermite  
Plein de foi
……..
Elle est là  
Sur les extrémités des nuages
Chantonnant
Elle se saisit de mes rêves
Elle se constitue une couleur  
Sur la fleur de la neige
Parmi les gémissement des minarets
Une fée qui me livre
A l'ombre de la lettre
Elle crie à cause du flux de l'eau
Paix  
A l'étoile si elle tombe froide  
Sur les lèvres d'une épi
J'embellis ma mélancolie
Avec ce qui reste de la dernière course
L'eau de la mémoire  
Me mouille
Je l'étale
Tel un corps en cendre
O femme
Qui viens des extrémités des nuages
Comme une lune qui pleure
Qui lit son dernier testament
Paix  
A l'étoile si elle tombe froide  
Sur les lèvres d'une épi
 
Ammari Mohamed /Maroc
am-poete@hotmail.comhttp://forum.bestofchat.com/mesimages/16911044/hoceima706.jpg


Message édité par Profil supprimé le 22-07-2007 à 19:21:07
n°1984
Avatar
profil
Posté le 27-08-2007 à 12:18:21  answer
 

peut etre que tu gardera ce poeme longtemps,
a chaque lecture, tu restera sans sentiment,
tu es la seule qui n ' a pas su, peu important
j'ai un seul souci, soit heureuse ca me suffit
 
le reste je ne m'en rappelle plus dans les details lol, ca fait 6 ans que j'ai ecrit ce poeme, un poeme perd son charme s'il est ecrit à l'un peu pret, c'est pour cette raison que je n'ecris pas les 3 strophes qui manquent

n°2025
*éternelle rêveuse*
Avatar
profil
Posté le 05-10-2007 à 14:18:38  answer
 

[:orlane40:27]

 


LA VIE ANTÉRIEURE
 
J'ai longtemps habité sous de vastes portiques
 
Que les soleils marins teignaient de mille feux,

 

Et que leurs grands piliers, droits et majestueux,

 

Rendaient pareils, le soir, aux grottes basaltiques.

 

 

Les houles, en roulant les images des cieux,

 

Mêlaient d'une façon solennelle et mystique

 

Les tout-puissants accords de leur riche musique

 

Aux couleurs du couchant reflété par mes yeux.

 

 

C'est à que j'ai vécu dans les voluptés calmes,

 

Au milieu de l'azur, des vagues, des splendeurs

 

Et des esclaves nus, tout imprégnés d'odeurs,

 

 

Qui me rafraichissaient le front avec des palmes,

 

Et dont  un unique soin était d'approfondir

 

Le secret douloureux qui me faisait languir.

 

                                                                  Charles Baudelaire

 


                   [:jane62:9] **orlane** [:jane62:9]

 


   
 
 

 

Message cité 1 fois
Message édité par orlane40 le 05-10-2007 à 14:19:37

---------------
** la plus grande gloire n'est pas de ne jamais tomber, mais de se relever à chaque chute**
n°2031
Jamais Rien En Vain...
Avatar
profil
Posté le 06-10-2007 à 13:03:10  answer
 

Bonjour à tous...
 
Sur conseil d'Orlane et pour illustrer sa phrase de bas de post:
 
Dites-lui
 
Quelqu'un était ici.
Quelqu'un s'en est allé
Pour chercher un pays
Dont nul n'avait parlé.
 
En buvant de la bière,
Il s'en est souvenu,
Puis il a disparu
Par le chemin de pierre.
 
S'il passe à votre porte
Dites-lui que naguère
J'ai perdu de la sorte
 
Une île et deux rivières
À poursuivre ces terres
Que l'horizon transporte.
 
Gilles VIGNEAULT

http://forum.bestofchat.com/mesimages/123369/VigneaultGilles.jpg


---------------
Comme je descendais des Fleuves impassibles, Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles, Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs...
  Arthur Rimbaud "Le Bateau Ivre"

n°2032
Avatar
Posté le 06-10-2007 à 14:40:07  answer
 

un petit poème que je trouve assez beau   :)  
 
Ecrire, c'est un moyen de s'exprimer
Sans être interrompu
Et un moyen de hurler
Sans être entendu

n°2033
*éternelle rêveuse*
Avatar
profil
Posté le 08-10-2007 à 14:35:02  answer
 

[:orlane40:27] merci beaucoup merle, il me plait beaucoup :jap:  
       
                       PARFUM EXOTIQUE
   
  Quand, les deux yeux fermés, en un soir chaud d'automne,  
    Je respire l'odeur de ton sein chaleureux,  
    Je vois se dérouler des rivages heureux  
    Qu'éblouissent les feux d'un soleil monotone ;  
     
    Une île paresseuse où la nature donne  
    Des arbres singuliers et des fruits savoureux ;  
    Des hommes dont le corps est mince et vigoureux,  
    Et des femmes dont œil par sa franchise étonne.  
     
    Guidé par ton odeur vers de charmants climats,  
    Je vois un port rempli de voiles et de mâts  
    Encor tout fatigués par la vague marine,  
     
    Pendant que le parfum des verts tamariniers,  
    Qui circule dans l'air et m'enfle la narine,  
    Se mêle dans mon âme au chant des mariniers.  
   
                                                                         CHARLES BAUDELAIRE
 
 
                                   [:orlane40:12] **orlane** [:orlane40:12]  
                                         
 


---------------
** la plus grande gloire n'est pas de ne jamais tomber, mais de se relever à chaque chute**
n°2041
Jamais Rien En Vain...
Avatar
profil
Posté le 10-10-2007 à 15:33:01  answer
 

C'est vraiment un poème très doux de Baudelaire...
 
J'aime l'écriture très naturelle d'Apollinaire:
 
À travers l'Europe
 
    À M. Ch.
 
    Rotsoge
    Ton visage écarlate ton biplan transformable en hydroplan
    Ta maison ronde où il nage un hareng saur
    II me faut la clef des paupières
    Heureusement que nous avons vu M. Panado
    Et nous sommes tranquilles de ce côté- là
    Qu'est-ce que tu vois mon vieux M. D...
    90 ou 324 un homme en l'air un veau qui regarde à travers le ventre de sa mère
 
    J'ai cherché longtemps sur les routes
    Tant d'yeux sont clos au bord des routes
    Le vent fait pleurer les saussaies
    Ouvre ouvre ouvre ouvre ouvre
    Regarde mais regarde donc
    Le vieux se lave les pieds dans la cuvette
    Una volta ho inteso dire Chè vuoi
    Je me mis à pleurer en me souvenant de vos enfances
 
    Et toi tu me montres un violet épouvantable
 
    Ce petit tableau où il y a une voiture m'a rappelé le jour
    Un jour fait de morceaux mauves jaunes bleus verts et rouges
    Où je m'en allais à la campagne avec une charmante cheminée tenant sa chienne en laisse
    Il n'y en a plus tu n'as plus ton petit mirliton
    La cheminée fume loin de moi des cigarettes russes
    La chienne aboie contre les lilas
    La veilleuse est consumée
    Sur la robe ont chu des pétales
    Deux anneaux d'or près des sandales
    Au soleil se sont allumés
    Mais tes cheveux sont le trolley
    À travers l'Europe vêtue de petits feux multicolores
 
Guillaume Apollinaire (1880 - 1918)


---------------
Comme je descendais des Fleuves impassibles, Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles, Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs...
  Arthur Rimbaud "Le Bateau Ivre"

n°2042
*éternelle rêveuse*
Avatar
profil
Posté le 10-10-2007 à 15:55:54  answer
 


  [:orlane40:27] je ne connaissais pas ce texte d'Apollinaire, c'est en effet très cru..
 
http://www.raffiniert.ch/images/baudelaire.jpg
 Charles Baudelaire est pour beaucoup le plus grand de tous les poètes français. Il a définit les principes créateurs de la poésie moderne, du symbolisme au surréalisme. Durant sa longue quête insatisfaite de la Beauté, il se voit constamment partagé entre l'extase et l'horreur de la Vie.
 
et là, c'est l'horreur qui est décrite...
 
                                    UNE CHAROGNE
 
 
Rappelez-vous l'objet que nous vîmes, mon âme,  
Ce beau matin d'été si doux :
 
Au détour d'un sentier une charogne infâme
 
Sur un lit semé de cailloux,
 
 
 
Les jambes en l'air, comme une femme lubrique,
 
Brulante et suant les poisons,
 
Ouvrait d'une façon nonchalante et cynique
 
Son ventre plein d'exhalaisons.
 
 
 
Le soleil rayonnait sur cette pourriture,
 
Comme afin de la cuire point,
 
Et de rendre au centuple à la grande Nature  
 
Tout ce qu'en semble elle avait joint ;
 
 
 
Et le ciel regardait la carcasse superbe  
 
Comme une fleur s'épanouir.  
 
La puanteur était si forte, que sur l'herbe  
 
Vous crûtes vous évanouir.
 
 
 
Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,
 
D'où sortaient de noirs bataillons
 
De larves, qui coulaient comme un épais liquide
 
Le long de ces vivants haillons.
 
 
 
Tout cela descendait, montait comme une vague,
 
Ou s'élançait en pétillant ;
 
On eût dît que le corps, enflé d'un souffle vague,  
 
Vivait en se multipliant.
 
 
 
Et ce monde rendait une étrange musique,
 
Comme l'eau courante et le vent,
 
Ou le grain qu'un vanneur d'un mouvement rythmique  
 
Agite et tourne dans son van.
 
 
 
Les formes s'effaçaient et n'étaient plus qu'un rêve,
 
Une ébauche lente à venir,
 
Sur la toile oubliée, et que l'artiste achève
 
Seulement par le souvenir.
 
 
 
Derrière les rochers une chienne inquiète
 
Nous regardait d'un œil fâché,  
 
Épiant le moment de reprendre au squelette  
 
Le morceau qu'elle avait lâché.
 
 
 
- Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,
 
A cette horrible infection,  
 
Étoile de mes yeux, soleil de ma nature,
 
Vous, mon ange et ma passion !
 
 
 
Oui ! telle vous serez, ô la reine des grâces,
 
Après les derniers sacrements,
 
Quand vous irez, sous l'herbe et les floraisons grasses,
 
Moisir parmi les ossements.
 
 
 
Alors, ô ma beauté ! dites à la vermine
 
Qui vous mangera de baisers,
 
Que j'ai gardé la forme et l'essence divine
 
De mes baisers décomposés !
 
 
                                                                             CHARLES BAUDELAIRE
 
 
     
 
 
 


---------------
** la plus grande gloire n'est pas de ne jamais tomber, mais de se relever à chaque chute**
n°2059
Jamais Rien En Vain...
Avatar
profil
Posté le 11-10-2007 à 19:40:09  answer
 

Ça m'a fait vraiment plaisir de relire ce poème que j'avais étudié en classe...
 
 Je ne connais pas beaucoup de poèmes entiers mais j'ai en tête des extraits en pagaille et entre autres, la fin de cette "Charogne"...
 
  Que j'ai gardé la forme et l'essence divine  
  De mes baisers décomposés!

 
 
                               Et j'ai toujours en tête le début de ce texte d'Alphonse DAUDET
                                            (qui m'a donné l'envie d'habiter un phare)...
 
                                   Le phare des Sanguinaires (Les Lettres de mon Moulin)
 
 Cette nuit je n'ai pas pu dormir. Le mistral était en colère, et les éclats de sa grande voix m'ont tenu éveillé jusqu'au matin. Balançant lourdement ses ailes mutilées qui sifflaient à la bise comme les agrès d'un navire, tout le moulin craquait. Des tuiles s'envolaient de sa toiture en déroute. Au loin, les pins serrés dont la colline est couverte s'agitaient et bruissaient dans l'ombre. On se serait cru en pleine mer...
 
 Cela m'a rappelé tout à fait mes belles insomnies d'il y a trois ans, quand j'habitais le phare des Sanguinaires, là bas, sur la côte corse, à l'entrée du golfe d'Ajaccio.
 
 Encore un joli coin que j'avais trouvé là pour rêver et pour être seul.
 
 Figurez-vous une île rougeâtre et d'aspect farouche ; le phare à une pointe, à l'autre une vieille tour génoise où, de mon temps, logeait un aigle. En bas, au bord de l'eau, un lazaret en ruine, envahi de partout par les herbes ; puis des ravins, des maquis, de grandes roches, quelques chèvres sauvages, de petits chevaux corses gambadant la crinière au vent ; enfin là-haut, tout en haut, dans un tourbillon d'oiseaux de mer, la maison du phare, avec sa plate-forme en maçonnerie blanche, où les gardiens se promènent de long en large, la porte verte en ogive, la petite tour de fonte, et au-dessus la grosse lanterne à facettes qui flambe au soleil et fait de la lumière même pendant le jour... Voilà l'île des Sanguinaires, comme je l'ai revue cette nuit, en entendant ronfler mes pins. C'était dans cette île enchantée qu'avant d'avoir un moulin j'allais m'enfermer quelquefois, lorsque j'avais besoin de grand air et de solitude...

 
  Si vous voulez le lire en entier: http://users.skynet.be/sky42184/da_phare.htm
 
  Et si vous voulez en entendre un extrait (et faire la dictée qui va avec... mdr)...
 
http://www.jeanlucmartin.com/lesle [...] inaire.htm
 
                                 http://forum.bestofchat.com/mesimages/123369/PhareDesSanguinaires.jpg


Message édité par Merle Hagard le 11-10-2007 à 19:44:15

---------------
Comme je descendais des Fleuves impassibles, Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles, Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs...
  Arthur Rimbaud "Le Bateau Ivre"

n°2060
*éternelle rêveuse*
Avatar
profil
Posté le 12-10-2007 à 15:29:58  answer
 

[:orlane40:29] celui-ci de baudelaire me plait beaucoup, car il faut croquer la vie à pleine dent, elle passe déjà bien assez vite....
 
                            ENIVREZ-VOUS
 
   
Il faut être toujours ivre, tout est là ; c'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.  
Mais de quoi? De vin, de poésie, ou de vertu à votre guise, mais enivrez-vous!  
Et si quelquefois, sur les marches d'un palais, sur l'herbe verte d'un fossé, vous vous réveillez, l'ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l'étoile, à l'oiseau, à l'horloge; à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est. Et le vent, la vague, l'étoile, l'oiseau, l'horloge, vous répondront, il est l'heure de s'enivrer ; pour ne pas être les esclaves martyrisés du temps, enivrez-vous, enivrez-vous sans cesse de vin, de poésie, de vertu, à votre guise.  
 
Charles Baudelaire (1821- 1867)
 
                                    [:oo setsuko oo:7] **orlane** [:oo setsuko oo:7]  
 
   
 
 
 
 
 


---------------
** la plus grande gloire n'est pas de ne jamais tomber, mais de se relever à chaque chute**
n°2066
Jamais Rien En Vain...
Avatar
profil
Posté le 14-10-2007 à 10:55:07  answer
 

Oui Orlane, une ode aux plaisirs des sens...
 
Je suis sûr que tu connais François Villon, né en 1431 et mort on ne sait quand...
C'est ce que j'aime le plus après les Parnassiens...
(Je voulais te le mettre en MP mais Best me dit que je floode!)...
 
Ballade des Dames du temps jadis
 
Dites-moi où, n'en quel pays,
Est Flora la belle Romaine,
Archipiades, ne Thaïs,
Qui fut sa cousine germaine,
Echo, parlant quant bruit on mène
Dessus rivière ou sur étang,
Qui beauté eut trop plus qu'humaine ?
Mais où sont les neiges d'antan ?
 
Où est la très sage Héloïs,
Pour qui fut châtré et puis moine
Pierre Esbaillart à Saint-Denis ?
Pour son amour eut cette essoine.
Semblablement, où est la roine
Qui commanda que Buridan
Fût jeté en un sac en Seine ?
Mais où sont les neiges d'antan ?
 
La roine Blanche comme un lis
Qui chantait à voix de sirène,
Berthe au grand pied, Bietrix, Aliz,
Haramburgis qui tint le Maine,
Et Jeanne, la bonne Lorraine
Qu'Anglais brûlèrent à Rouen ;
Où sont-ils, où, Vierge souvraine ?
Mais où sont les neiges d'antan ?
 
Prince, n'enquerrez de semaine
Où elles sont, ni de cet an,
Que ce refrain ne vous remaine :
Mais où sont les neiges d'antan ?


---------------
Comme je descendais des Fleuves impassibles, Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles, Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs...
  Arthur Rimbaud "Le Bateau Ivre"

n°2067
*éternelle rêveuse*
Avatar
profil
Posté le 14-10-2007 à 17:17:56  answer
 

[:orlane40:29] merle, merci, je ne connaissais pas ce texte mais l'auteur oui, très joli :jap:  
un petit clin d'œil à ta signature, un poème que j'aime beaucoup et qui invite au voyage.... larguons les amarres.
 
                              LE BATEAU IVRE
 
 
http://perso.orange.fr/en.gaches/galerie/voilier%20de%20face.jpg
 
Comme je descendais des Fleuves impassibles,
Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles
Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.  
 
J'étais insoucieux de tous les équipages,
Porteur de blés flamands ou de cotons anglais.
Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages
Les Fleuves m'ont laissé descendre où je voulais.  
 
Dans les clapotements furieux des marées
Moi l'autre hiver plus sourd que les cerveaux d'enfants,
Je courus ! Et les Péninsules démarrées
N'ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.  
 
La tempête a béni mes éveils maritimes.
Plus léger qu'un bouchon j'ai dansé sur les flots
Qu'on appelle rouleurs éternels de victimes,
Dix nuits, sans regretter l'oeil niais des falots !  
 
Plus douce qu'aux enfants la chair des pommes sures,
L'eau verte pénétra ma coque de sapin
Et des taches de vins bleus et des vomissures
Me lava, dispersant gouvernail et grappin  
 
Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème
De la Mer, infusé d'astres, et lactescent,
Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême
Et ravie, un noyé pensif parfois descend ;  
 
Où, teignant tout à coup les bleuités, délires  
Et rythmes lents sous les rutilements du jour,
Plus fortes que l'alcool, plus vastes que nos lyres,
Fermentent les rousseurs amères de l'amour !  
 
Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes
Et les ressacs et les courants : Je sais le soir,
L'aube exaltée ainsi qu'un peuple de colombes,
Et j'ai vu quelque fois ce que l'homme a cru voir !  
 
J'ai vu le soleil bas, taché d'horreurs mystiques,
Illuminant de longs figements violets,
Pareils à des acteurs de drames très-antiques
Les flots roulant au loin leurs frissons de volets !  
 
J'ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies,
Baiser montant aux yeux des mers avec lenteurs,
La circulation des sèves inouïes,
Et l'éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs !  
 
J'ai suivi, des mois pleins, pareille aux vacheries
Hystériques, la houle à l'assaut des récifs,
Sans songer que les pieds lumineux des Maries
Pussent forcer le mufle aux Océans poussifs !  
 
J'ai heurté, savez-vous, d'incroyables Florides
Mêlant aux fleurs des yeux de panthères à peaux
D'hommes ! Des arcs-en-ciel tendus comme des brides
Sous l'horizon des mers, à de glauques troupeaux !  
 
J'ai vu fermenter les marais énormes, nasses
Où pourrit dans les joncs tout un Léviathan !
Des écroulement d'eau au milieu des bonaces,
Et les lointains vers les gouffres cataractant !  
 
Glaciers, soleils d'argent, flots nacreux, cieux de braises !
Échouages hideux au fond des golfes bruns  
Où les serpents géants dévorés de punaises  
Choient, des arbres tordus, avec de noirs parfums !  
 
J'aurais voulu montrer aux enfants ces dorades
Du flot bleu, ces poissons d'or, ces poissons chantants.  
- Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades
Et d'ineffables vents m'ont ailé par instants.  
 
Parfois, martyr lassé des pôles et des zones,
La mer dont le sanglot faisait mon roulis doux
Montait vers moi ses fleurs d'ombres aux ventouses jaunes  
Et je restais, ainsi qu'une femme à genoux...  
 
Presque île, ballotant sur mes bords les querelles
Et les fientes d'oiseaux clabaudeurs aux yeux blonds  
Et je voguais, lorsqu'à travers mes liens frêles  
Des noyés descendaient dormir, à reculons !  
 
Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses,
Jeté par l'ouragan dans l'éther sans oiseau,
Moi dont les Monitors et les voiliers des Hanses
N'auraient pas repêché la carcasse ivre d'eau ;  
 
Libre, fumant, monté de brumes violettes,
Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur
Qui porte, confiture exquise aux bons poètes,
Des lichens de soleil et des morves d'azur,  
 
Qui courais, taché de lunules électriques,
Planche folle, escorté des hippocampes noirs,
Quand les juillets faisaient crouler à coups de triques  
Les cieux ultramarins aux ardents entonnoirs ;  
 
Moi qui tremblais, sentant geindre à cinquante lieues
Le rut des Béhémots et les Maelstroms épais,
Fileur éternel des immobilités bleues,
Je regrette l'Europe aux anciens parapets !  
 
J'ai vu des archipels sidéraux ! et des îles
Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur :
- Est-ce en ces nuits sans fond que tu dors et t'exiles,
Million d'oiseaux d'or, ô future Vigueur ? -  
 
Mais, vrai, j'ai trop pleuré ! Les Aubes sont navrantes.
Toute lune est atroce et tout soleil amer :
L'âcre amour m'a gonflé de torpeurs enivrantes.
Ô que ma quille éclate ! Ô que j'aille à la mer !  
 
Si je désire une eau d'Europe, c'est la flache
Noire et froide où vers le crépuscule embaumé  
Un enfant accroupi plein de tristesses, lâche
Un bateau frêle comme un papillon de mai.  
 
Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô lames,
Enlever leur sillage aux porteurs de cotons,  
Ni traverser l'orgueil des drapeaux et des flammes,
Ni nager sous les yeux horribles des pontons.  
 
                                                                           Arthur Rimbaud
 
                              [:oo setsuko oo:2] **orlane** [:oo setsuko oo:2]  
 
 
 
 
 
 
 
 
   


---------------
** la plus grande gloire n'est pas de ne jamais tomber, mais de se relever à chaque chute**
n°2069
Jamais Rien En Vain...
Avatar
profil
Posté le 15-10-2007 à 20:27:29  answer
 

Eh oui, Rimbaud! Un livre de chevet pour moi... Et mon lit comme un navire!
 
Il est vraiment beau ton voilier... Il me fait penser à la légende du "Hollandais Volant"...
 
Et toujours François VILLON...
 
L'Épitaphe de Villon ou " Ballade des pendus "
 
Frères humains, qui après nous vivez,
N'ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis.
Vous nous voyez ci attachés, cinq, six :
Quant à la chair, que trop avons nourrie,
Elle est piéça dévorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et poudre.  
De notre mal personne ne s'en rie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !
 
Se frères vous clamons, pas n'en devez
Avoir dédain, quoique fûmes occis
Par justice. Toutefois, vous savez
Que tous hommes n'ont pas bon sens rassis.
Excusez-nous, puisque sommes transis,
Envers le fils de la Vierge Marie,
Que sa grâce ne soit pour nous tarie,
Nous préservant de l'infernale foudre.
Nous sommes morts, âme ne nous harie,
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !
 
La pluie nous a débués et lavés,
Et le soleil desséchés et noircis.
Pies, corbeaux nous ont les yeux cavés,
Et arraché la barbe et les sourcils.
Jamais nul temps nous ne sommes assis
Puis çà, puis là, comme le vent varie,
A son plaisir sans cesser nous charrie,
Plus becquetés d'oiseaux que dés à coudre.  
Ne soyez donc de notre confrérie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !
 
Prince Jésus, qui sur tous a maistrie,
Garde qu'Enfer n'ait de nous seigneurie :
A lui n'ayons que faire ne que soudre.
Hommes, ici n'a point de moquerie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !


---------------
Comme je descendais des Fleuves impassibles, Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles, Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs...
  Arthur Rimbaud "Le Bateau Ivre"

n°2070
*éternelle rêveuse*
Avatar
profil
Posté le 16-10-2007 à 09:57:12  answer
 

  [:orlane40:27] voici un petit poème qui me plait beaucoup, sans doute une passion pour les iles...
   
           
TOI QU'EMPOURPRAIT      
   
 de Paul-Jean TOULET (1867-1920)  
 
  Toi qu'empourprait l'âtre d'hiver
Comme une rouge nue
Où déjà te dessinait nue  
L'arôme de ta chair ;
 
Ni vous, dont l'image ancienne  
Captive encore mon cœur,
Ile voilée, ombres en fleurs,  
Nuit océanienne ;
 
Non plus ton parfum, violier
Sous la main qui t'arrose,
Ne valent la brulante rose
Que midi fait plier.
 
     
                           [:spybb:25] **orlane** [:spybb:25]  
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 


---------------
** la plus grande gloire n'est pas de ne jamais tomber, mais de se relever à chaque chute**
n°2071
Jamais Rien En Vain...
Avatar
profil
Posté le 17-10-2007 à 15:21:20  answer
 

      Très joli poème, très pur, peu d'adjectifs, juste des mots simples qui en appellent d'autres...
 
  Un poème qui m'a longtemps marqué... Je m'identifie facilement à ce genre de coureurs des bois québecquois... La dernière phrase me servira un jour de signature...
 
                                              JE SUIS UN FILS DÉCHU
 
                                                 http://forum.bestofchat.com/mesimages/123369/DesrochersAlfred1.jpg
 
  Alfred Desrochers (1901-1978) est autant un poète du terroir qu'un poète patriotique. Il a été journaliste et traducteur. Dans l'édition de 1930 d'À l'ombre de l'Orford, il décrit le cycle des champs (du labourage à la récolte), mais aussi celui des hommes de chantier. On peut y lire aussi le controversé poème «Offrande aux vierges folles», «L'hymne au vent du nord» et son plus célèbre poème «Je suis un fils déchu», dans lequel il chante la gloire de tous ces coureurs de bois qui furent les véritables héros de la colonisation en terre d'Amérique.
 
Je suis un fils déchu de race surhumaine,
Race de violents, de forts, de hasardeux,
Et j'ai le mal du pays neuf, que je tiens d'eux,
Quand viennent les jours gris que septembre ramène.
 
Tout le passé brutal de ces coureurs des bois :
Chasseurs, trappeurs, scieurs de long, flotteurs de cage,
Marchands aventuriers ou travailleurs à gages,
M'ordonne d'émigrer par en haut pour cinq mois.
 
Et je rêve d'aller comme allaient les ancêtres;
J'entends pleurer en moi les grands espaces blancs,
Qu'ils parcouraient, nimbés de souffles d'ouragans,
Et j'abhorre comme eux la contrainte des maîtres.
 
Quand s'abattait sur eux l'orage des fléaux,
Ils maudissaient le val; ils maudissaient la plaine,
Ils maudissaient les loups qui les privaient de laine :
Leurs malédictions engourdissaient leurs maux.
 
Mais quand le souvenir de l'épouse lointaine
Secouait brusquement les sites devant eux,
Du revers de leur manche, ils s'essuyaient les yeux
Et leur bouche entonnait : «À la claire fontaine»...
 
Ils l'ont si bien redite aux échos des forêts,
Cette chanson naïve où le rossignol chante,
Sur la plus haute branche, une chanson touchante,
Qu'elle se mêle à mes pensers les plus secrets :
 
Si je courbe le dos sous d'invisibles charges,
Dans l'âcre brouhaha de départs oppressants,
Et si, devant l'obstacle ou le lien, je sens
Le frisson batailleur qui crispait leurs poings larges;
 
Si d'eux, qui n'ont jamais connu le désespoir,
Qui sont morts en rêvant d'asservir la nature,
Je tiens ce maladif instinct de l'aventure,
Dont je suis quelquefois tout envoûté, le soir;
 
Par nos ans sans vigueur, je suis comme le hêtre
dont la sève a tari sans qu'il soit dépouillé,
Et c'est de désirs morts que je suis enfeuillé,
Quand je rêve d'aller comme allait mon ancêtre;
 
Mais les mots indistincts que profère ma voix
Sont encore : un rosier, une source, un branchage,
Un chêne, un rossignol parmi le clair feuillage,
Et comme au temps de mon aïeul, coureur des bois,
 
Ma joie ou ma douleur chante le paysage...


---------------
Comme je descendais des Fleuves impassibles, Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles, Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs...
  Arthur Rimbaud "Le Bateau Ivre"

n°2079
*éternelle rêveuse*
Avatar
profil
Posté le 19-10-2007 à 15:15:30  answer
 

[:orlane40:27] quelle liberté dans ce poème,je me sent une âme de baroudeuse....
 
 ce poème de Baudelaire est une invitation à valser.....  
             
                              HARMONIE DU SOIR
 
 
Voici venir les temps ou vibrant sur sa tige
Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir
Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir
Valse mélancolique et langoureux vertige
 
Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir
Le violon frémit comme un cœur qu'on afflige
Valse mélancolique et langoureux vertige
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir
 
Le violon frémit comme un cœur qu'on afflige
Un cœur tendre qui hait le néant vaste et noir
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir
Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige
 
Un cœur tendre qui hait le néant vaste et noir
Du passé lumineux recueille tout vestige
Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige
Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir
 
                                                              CHARLES BAUDELAIRE
 
                      [:orlane40:26] **orlane** [:orlane40:26]  
 
 
 
 
 
 
 


---------------
** la plus grande gloire n'est pas de ne jamais tomber, mais de se relever à chaque chute**
n°2080
Jamais Rien En Vain...
Avatar
profil
Posté le 21-10-2007 à 14:22:59  answer
 

Le violon frémit comme un cœur qu'on afflige
 
Le Violon, instrument de la tristesse et de la mélancolie...
 
Paul VERLAINE  
(1844-1896)
( Poèmes saturniens)
 
Chanson d'automne
 
Les sanglots longs
Des violons
De l'automne
Blessent mon coeur
D'une langueur
Monotone.
 
Tout suffocant
Et blême, quand
Sonne l'heure,
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure
 
Et je m'en vais
Au vent mauvais
Qui m'emporte
Deçà, delà,
Pareil à la
Feuille morte.


---------------
Comme je descendais des Fleuves impassibles, Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles, Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs...
  Arthur Rimbaud "Le Bateau Ivre"

n°2082
*éternelle rêveuse*
Avatar
profil
Posté le 22-10-2007 à 15:11:01  answer
 

[:orlane40:29]  merle que de souvenirs, j'avais appris ce poème mais ne m'en souvenait plus en entier....
 
en voici un sur l'automne, c'est de saison me semble t-il.
 
 
  CHANT D' AUTOMNE  (Charles Baudelaire)  
 
  Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres ;  
J'écoute en frémissant chaque buche qui tombe  
Tout l'hiver va entrer dans mon être : colère  
Mon esprit est pareil à la tour qui succombe  
   
J'aime de vos longs cheveux la lumière verdâtre,  
Douce beauté, mais tout aujourd'hui m'est amer,  
Et rien, ni votre amour, ni le boudoir, ni l'âtre,  
Ne me vaut le soleil rayonnant sur la mer.  
   
Et pourtant aimez-moi, tendre cœur ! Soyez mère,  
Même pour un ingrat, même pour un méchant ;  
Amante ou sœur soyez la douce éphémère  
D'un glorieux automne ou d'un soleil couchant.  
   
Courte tâche ! La tombe attend, elle est avide !  
Ah ! laissez-moi mon front posé sur vos genoux,  
Gouter, en regrettant l'été blanc et torride,  
De l'arrière-saison le rayon jaune et doux !  
 
(Les Fleurs du mal)                       http://goodies.pcastuces.com/vignettes/0550.jpg
 
 
                            :hello: **orlane** :hello:  
 
   
 
     
 
 
 


---------------
** la plus grande gloire n'est pas de ne jamais tomber, mais de se relever à chaque chute**
n°2087
Jamais Rien En Vain...
Avatar
profil
Posté le 24-10-2007 à 20:11:49  answer
 

Oui l'automne... et ta photo, on dirait une peinture expressionniste!
 
VENT, LE VENT TRISTE DE L'AUTOMNE ! (LE)
 
Avec le cri qui sort d'une gorge d'enfant,  
Le vent de par les bois, funèbre et triomphant,
Le vent va, le vent court dans l'écorce qu'il fend  
Mêlant son bruit lointain au bruit d'un olifant.
 
Puis voici qu'il s'apaise, endormant ses furies  
Comme au temps où jouant dans les nuits attendries ;  
Son violon berçait nos roses rêveries  
Choses qui parfumiez les ramures fleuries !
 
Comme lui, comme lui qui fatal s'élevant  
Et gronde et rage et qui se tait aussi souvent,  
Ô femme, ton amour est parallèle au Vent :
 
Avant de nous entrer dans l'âme, il nous effleure ;  
Une fois pénétré pour nous briser, vient l'heure  
Où sur l'épars débris de nos coeurs d'homme, il pleure !
 
http://forum.bestofchat.com/mesimages/123369/NelliganÉmile.gif
 
 Nelligan passe plus de 42 ans interné à l'asile; d'abord, et pour un quart de siècle, du 9 août 1899 au 20 octobre 1925, à l'asile Saint-Benoît-Joseph-Labre; ensuite à l'hôpital Saint-Jean-de-Dieu, du 23 octobre 1925 au 18 novembre 1941, jour de sa mort. À Saint-Jean-de-Dieu, le poète est assez fréquemment sollicité du côté de la poésie par les visiteurs, les infirmières, les médecins. Au fil des années, il est ainsi amené à tenter de reconstituer tant bien que mal une trentaine de ses anciens poèmes et à les transcrire dans des carnets de fortune ou sur des feuilles volantes. Cette écriture d'asile est faire d'approximations du passé, fruits d'un esprit affaibli et d'une mémoire défaillante.
 La mort de Nelligan, le 18 novembre 1941, marque en fait son commencement. Son oeuvre inachevée va plus que jamais attirer et fasciner le public. On publie ses recueils et des éditions de toutes sortes: de luxe, critiques, illustrées, anthologiques, scolaires... sans oublier la traduction anglaise de Fred Cogswell, parue en 1983. On consacre à Nelligan des thèses de doctorat et de maîtrise. Depuis 1979, à l'initiative de Maurice et Gilles Corbeil, un prix Émile-Nelligan est décerné annuellement à un jeune poète canadien. Nelligan est devenu un classique, un nom incontournable dans l'histoire de la littérature québécoise.
 
 J'ajoute qu'il a du beaucoup s'inspirer d'Arthur Rimbaud...
 
http://forum.bestofchat.com/mesimages/123369/VaisseauOrNelligan.gif
 
VAISSEAU D'OR (LE)
 
Ce fut un grand Vaisseau taillé dans l'or massif :  
Ses mâts touchaient l'azur, sur des mers inconnues ;  
La Cyprine d'amour, cheveux épars, chairs nues,  
S'étalaient à sa proue, au soleil excessif.
 
Mais il vint une nuit frapper le grand écueil  
Dans l'Océan trompeur où chantait la Sirène,  
Et le naufrage horrible inclina sa carène  
Aux profondeurs du Gouffre, immuable cercueil.
 
Ce fut un Vaisseau d'Or, dont les flancs diaphanes  
Révélaient des trésors que les marins profanes,  
Dégoût, Haine et Névrose, entre eux ont disputés.
 
Que reste-t-il de lui dans la tempête brève ?  
Qu'est devenu mon coeur, navire déserté ?  
Hélas! Il a sombré dans l'abîme du Rêve!


---------------
Comme je descendais des Fleuves impassibles, Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles, Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs...
  Arthur Rimbaud "Le Bateau Ivre"

n°2088
*éternelle rêveuse*
Avatar
profil
Posté le 29-10-2007 à 21:17:12  answer
 

[:orlane40:29] le vaisseau d'or est vraiment très beau.
 
pour rester dans la navigation maritime....l'albatros, l'ami voyageur des marins.
 
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/2/22/Albatros_ceja_negra_-_paso_drake_-_noviembre_2005.jpg/250px-Albatros_ceja_negra_-_paso_drake_-_noviembre_2005.jpg
 
                      l'albatros
 
Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.
 
A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons trainer à coté d'eux.
 
Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule!
Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid!
L'un agace son bec avec un brule-gueule,
L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait!
 
Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l'archer;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.
 
                                                             Charles Baudelaire (1821- 1867)
 
 
                                   [:kunst:16] **orlane** [:kunst:16]  
   
 
 
 
 
 


---------------
** la plus grande gloire n'est pas de ne jamais tomber, mais de se relever à chaque chute**
n°2090
Jamais Rien En Vain...
Avatar
profil
Posté le 31-10-2007 à 14:37:37  answer
 

Le Poète est semblable au prince des nuées  
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher...

Le paradoxe du poète... Baudelaire lui-même...

 
http://forum.bestofchat.com/mesimages/123369/Goéland.jpg
 
Jonathan Livingston  "Le Goéland"...
 
Il veut voler plus vite et plus haut,  
découvrir le monde,  
sortir des habitudes de son clan.
 
Il découvre comment voler  
plus vite et plus haut.
 
Il est alors banni car il est différent  
et ne suit pas les règles du clan.  
 
Il voulait seulement partager  
ses découvertes merveilleuses.  
 
Il part pour toujours.
 
A la fin de sa vie commence une autre vie.  
 
C'est alors qu'il rencontre le Maître Tchaiang qui lui enseigne tout ce qu'il voulait savoir, et bien plus :
 
«La vitesse parfaite,  
c'est l'omniprésence.»
 
«L'espace et le temps  
n'ont pas de véritable réalité.»
 
«Pour voler avec la rapidité de la pensée  
et se rendre en tous lieux  
présent, passé ou futur,  
il est indispensable de commencer  
par être convaincu qu'on est déjà arrivé.»
 
Jonathan apprend alors  
à se rendre dans des endroits  
à la vitesse de la pensée...
 
«Je suis la parfaite expression  
de la liberté,  
ici et en tout instant.»
se répète alors Jonathan.
 
... mais l'exercice n'est pas facile. Tchaiang l'aide :
 
«Voler n'est pas une question de foi.  
Tu as besoin de comprendre ce que tu fais
et certaines choses qui ont trait à l'invisible,  
ce qui revient au même.»
 
«Je suis réellement une idée pure !»  
 
Ça marche... mais Jonathan  
se retrouve dans une caverne.  
Ce n'était pas son but de voyage avec la pensée.
 
«Peut-être avais-tu dans ta pensée  
des murs, penses-y bien.
Tout est phénomène d'attraction :  
où que se pose ta pensée,  
ton corps s'applique à la suivre.
Maintenant,  
pense à ton plus grand rêve et vas-y.»
 
Jonathan vole très très haut...  
dans les étoiles, c'était son rêve.  
 
Il a compris la force de la pensée.
 
«Le corps n'est rien d'autre que l'incarnation de la pensée.
 
Tant d'Amour entre dans le seul fait de donner,
dans l'action de partager le meilleur de soi-même  
avec quelqu'un qui s'efforce d'apprendre.
 
Pense à donner,
Pense Amour.
 
Tu es né pour être un Maître,  
pour apporter la vérité à ceux qui luttent  
pour reculer leurs limites.
Il est de toute première importance  
que tu transmettes ce que tu as trouvé toi-même,  
comme un présent offert à ceux qui sauront l'accepter.
 
Continue toujours dans la voie de l'Amour...»
 
Jonathan pardonne aux siens de l'avoir banni  
car il comprend ce geste.  
Il retourne vers eux  
pour leur enseigner ses connaissances.
 
«Vous avez la liberté d'être vous-même, immédiatement,  
d'aller toujours plus haut, à l'infini.»
 
Extraits du film «Jonathan Livingston le goéland», 1973.


---------------
Comme je descendais des Fleuves impassibles, Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles, Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs...
  Arthur Rimbaud "Le Bateau Ivre"

n°2092
*éternelle rêveuse*
Avatar
profil
Posté le 02-11-2007 à 23:07:48  answer
 

[:orlane40:27] oui merle en effet, Baudelaire est remplis de paradoxes,mais j'aime beaucoup son écriture...
aller je change d'auteur;    
             
  LA NUIT TRANSFIGURÉE
 
 
 
Ce flot de vent d'ombre et d'étoile
Au ciel immense qui se voile
Te fait trahir,
D'une lumière qui lointaine
Baigne tes songes de sirène
Et d'avenir,
 
                                                         
Lueur de feu qui grève d'ombre
Tes yeux immenses qui font sombre
Dans les soleils,
D'une fontaine de silence
Qu'un froid stellaire étreint d'absence
Tes yeux vermeils.
 
 
Et la pâleur d'eau où se mire
Un soir étrange qui transpire
D 'abolitions,
Jusqu' à penser à la paresse
Que dans un rêve de tristesse
Nous nous faisons,
 
 
Songe de nuit et d'amertume
Quand nous de nos ailes sans plume,
A parcourir
Ce feu d'étoile qui chancelle,
Nous cherchons la flamme nouvelle
Jusqu' à mourir. . .
 
 
Ce vent de feu qui monte vite
Et cette lèvre qui m'invite
A t'embrasser,
Dans un voyage dont j'avais
Prévu les chemins que tu sais
Ensorceler,
 
 
Ce soir étrange de sommeil
Qui nous conduit dans le soleil
D'ombre étoilée,
Nous ferons somme de langueur
Dans une vague de rumeur,
Transfigurée.
                                                     http://data1.blog.de/media/957/560957_abc8d82aa4_m.jpeg
 
                               Bernard de L'océan
 


---------------
** la plus grande gloire n'est pas de ne jamais tomber, mais de se relever à chaque chute**
n°2093
Jamais Rien En Vain...
Avatar
profil
Posté le 03-11-2007 à 11:16:47  answer
 

A moi d'être collé, Orlane... Je ne connais pas cet auteur... Et je connais peu les poètes d'aujourd'hui...
 
  Étienne Mallarmé, dit Stéphane Mallarmé, né à Paris le 18 mars 1842 et mort à Valvins (commune de Vulaines-sur-Seine, Seine-et-Marne) le 9 septembre 1898, est un poète français.
Auteur d'une œuvre poétique ambitieuse et rendue (souvent volontairement) obscure, Stéphane Mallarmé a été l'initiateur d'un renouveau de la poésie dont l'influence se mesure encore de nos jours auprès de poètes contemporains comme Yves Bonnefoy. À la fin du XIXe siècle, Mallarmé fait entrer la poésie dans l'ère de la modernité.
 
                                                           "Brise Marine"
                                               (Extrait Des Oeuvres Poétiques)
 
                                                    Par Stéphane Mallarmé
 
                                                    http://forum.bestofchat.com/mesimages/123369/BateauSteamerteamer1.jpg
 
 
La chair est triste, hélas ! et j'ai lu tous les livres.  
Fuir ! là-bas fuir! Je sens que des oiseaux sont ivres  
D'être parmi l'écume inconnue et les cieux !  
Rien, ni les vieux jardins reflétés par les yeux  
Ne retiendra ce coeur qui dans la mer se trempe  
Ô nuits ! ni la clarté déserte de ma lampe  
Sur le vide papier que la blancheur défend  
Et ni la jeune femme allaitant son enfant.  
Je partirai ! Steamer balançant ta mâture,  
Lève l'ancre pour une exotique nature !  
 
Un Ennui, désolé par les cruels espoirs,  
Croit encore à l'adieu suprême des mouchoirs !  
Et, peut-être, les mâts, invitant les orages,  
Sont-ils de ceux qu'un vent penche sur les naufrages  
Perdus, sans mâts, sans mâts, ni fertiles îlots ...  
Mais, ô mon coeur, entends le chant des matelots !


---------------
Comme je descendais des Fleuves impassibles, Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles, Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs...
  Arthur Rimbaud "Le Bateau Ivre"

n°2095
*éternelle rêveuse*
Avatar
profil
Posté le 04-11-2007 à 22:53:31  answer
 

[:orlane40:27] c'est drôle merle, j'ai justement lu ce poème de Mallarmé, il y a quelques jours et il m'avait accroché...
 
je poste un poème que je trouve très beau,et d'une grande simplicité dans son récit ,d'un poète Africain, Sénégalais plus exactement,qui me touche particulièrement, car l'Afrique est un pays cher à mon cœur.
 
 
          DERRIÈRE UN COULEUR,UNE HISTOIRE    
 
auteur: Garçon Discret
 
 
 Je fais couler l'encre pour la mémoire des miens,
 
Pensées immortalisées sur fond de papier glacé,
 
Lit dans mes yeux la douleur d'un cœur peiné,
 
Je ne tournerai pas la page sur l'histoire des miens.
 
Des sous hommes c'est ce que l'on était à leurs yeux,
 
Dénués d'âme et de raison, sans culture ni tradition,
 
Sans fierté, pour qui on n'usait point de compassion,
 
Déracinés, entassés dans des bateaux négriers pour une traversée
 
Dernière senteur inhalée, dernière poignée de sable au creux de la main serrée,
 
Dernier sol foulé sur l'ile de Gorée, dernières larmes d'adieux versées.
 
Premières chaines aux pieds, premiers coups de fouet,
 
Première mort souhaitée plutôt que de perdre sa dignité,
 
Première humiliation, premiers cris de douleurs poussés,
 
Premières ventes au marché, premier nom d'esclave écopé,
 
Premier viol sur les femmes pour qui n'existaient point de respect,
 
Premier petit garçon né sans que la liberté lui soit innée.
 
Au sein des cœurs on cesse de cultiver l'amour préférant les fruits de la haine,
 
Goût de fiel dans cette piètre existence rythmée par la peine.
 
Dans les champs de coton, jusqu'aux cieux les chants de tristesse tonnent,
 
Comme une doléance adressé à Allah le Loué qui n'oublie personne.
 
Même si l'espoir se consume comme dans un brasier ardent
 
Et que la terre mère pleure la perte de ses enfants, rien n'échappe à l'omnipotent.
 
Sur des pages blanches je pourrais écrire le noir passé des miens mais cela ne changerait rien.
 
Je revendique ce que je suis et si ça dérange je n'y suis pour rien
 
A mon poignet je porte ce bracelet africain
 
Loin d'être un bijou c'est le symbole des chaines que portaient les miens.
 
 
http://strasbourgjardindelademocratie.blogspirit.com/images/medium_esclavage.2.jpg
 
(moi aussi je possède ce bijou Africain et à moi, il me lie à un continent qui m'a vu naitre).
 
                      [:kunst:16] **orlane** [:kunst:16]  
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
   
   
 


---------------
** la plus grande gloire n'est pas de ne jamais tomber, mais de se relever à chaque chute**
n°2099
Jamais Rien En Vain...
Avatar
profil
Posté le 07-11-2007 à 13:56:28  answer
 

                                         "A mon poignet je porte ce bracelet africain  
                    Loin d'être un bijou c'est le symbole des chaines que portaient les miens..."
 
 J'avais oublié... Je ne regarderai plus les bracelets, les colliers et même les bagues de la même façon...

 
 
                                                            René Char
 
                                                          http://forum.bestofchat.com/mesimages/123369/CharRené.jpg
 
 Né en 1907 à L'Isle sur la Sorgue, René Char adhère à 22 ans au mouvement surréaliste. Il signe un recueil en commun avec Breton et Eluard mais reprend bien vite son indépendance en 1934. Son oeuvre sera désormais celle d'un solitaire et d'un homme d'action en prise avec son temps : en 1937, il dédie son Placard pour un chemin des écoliers aux 'enfants d'Espagne'. Démobilisé en 1940, il entre presque aussitôt dans la Résistance sous le nom de guerre d'Alexandre. Cette expérience sera relatée dans 'Les Feuillets d'Hypnos' (1946). Après la Libération, 'Seuls demeurent' (1945), somme des temps de guerre, est suivi du 'Poème pulvérisé' (1947), de 'Fureur et mystère' (1948) et des 'Matinaux' (1950) qui ont' mission d'éveiller', au sortir de la réclusion, aux mille ruisseaux de la vie diurne. Sa poésie est abrupte, hermétique. Tout son travail résidait dans l'épuration de ses phrases jusqu'à les réduire à de fulgurants instantanés...
 
                                                          "Allégeance"
 
 Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n'est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus; qui au juste l'aima?  
 
 Il cherche son pareil dans le voeu des regards. L'espace qu'il parcourt est ma fidélité. Il dessine l'espoir et léger l'éconduit. Il est prépondérant sans qu'il y prenne part.  
 
 Je vis au fond de lui comme une épave heureuse. A son insu, ma solitude est son trésor. Dans le grand méridien où s'inscrit son essor, ma liberté le creuse.  
 
 Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n'est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus; qui au juste l'aima et l'éclaire de loin pour qu'il ne tombe pas?

 
René Char  
Extrait de
"Eloge d'une soupçonnée,  
Poésie/Gallimard"


Message édité par Merle Hagard le 07-11-2007 à 13:59:04

---------------
Comme je descendais des Fleuves impassibles, Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles, Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs...
  Arthur Rimbaud "Le Bateau Ivre"

n°2102
*éternelle rêveuse*
Avatar
profil
Posté le 09-11-2007 à 14:28:59  answer
 

[:orlane40:27] voici un poème que j'aime bien, du non moins célèbre Victor Hugo.
   
(Recueil : Les voix intérieures)  
   
 
  A DES OISEAUX ENVOLÉS
 
Enfants ! - Oh ! revenez ! Tout à l'heure, imprudent,
Je vous ai de ma chambre exilés en grondant,  
Rauque et tout hérissé de paroles moroses.  
Et qu'aviez-vous donc fait, bandits aux lèvres roses ?
Quel crime ? quel exploit ? quel forfait insensé ?  
Quel vase du Japon en mille éclats brisé ?  
Quel vieux portrait crevé ? Quel beau missel gothique  
Enrichi par vos mains d'un dessin fantastique ?  
Non, rien de tout cela. Vous aviez seulement,  
Ce matin, restés seuls dans ma chambre un moment,
Pris, parmi ces papiers que mon esprit colore,  
Quelques vers, groupe informe, embryons près d'éclore,  
Puis vous les aviez mis, prompts à vous accorder,  
Dans le feu, pour jouer, pour voir, pour regarder  
Dans une cendre noire errer des étincelles,  
Comme brillent sur l'eau de nocturnes nacelles,  
Ou comme, de fenêtre en fenêtre, on peut voir  
Des lumières courir dans les maisons le soir.
 
Voilà tout. Vous jouiez et vous croyiez bien faire.  
 
Belle perte, en effet ! beau sujet de colère !  
Une strophe, mal née au doux bruit de vos jeux,  
Qui remuait les mots d'un vol trop orageux !
Une ode qui chargeait d'une rime gonflée  
Sa stance paresseuse en marchant essoufflée !  
De lourds alexandrins l'un sur l'autre enjambant  
Comme des écoliers qui sortent de leur banc !  
Un autre eût dit : - Merci ! Vous ôtez une proie  
Au feuilleton méchant qui bondissait de joie  
Et d'avance poussait des rires infernaux  
Dans l'antre qu'il se creuse au bas des grands journaux. -
Moi, je vous ai grondés. Tort grave et ridicule !
 
Nains charmants que n'eût pas voulu fâcher Hercule,  
Moi, je vous ai fait peur. J'ai, rêveur triste et dur,  
Reculé brusquement ma chaise jusqu'au mur,  
Et, vous jetant ces noms dont l'envieux vous nomme,  
J'ai dit : - Allez-vous-en ! laissez-moi seul ! - Pauvre homme !  
Seul ! le beau résultat ! le beau triomphe ! seul !  
Comme on oublie un mort roulé dans son linceul,  
Vous m'avez laissé là, l'œil fixé sur ma porte,  
Hautain, grave et puni. - Mais vous, que vous importe !  
Vous avez retrouvé dehors la liberté,  
Le grand air, le beau parc, le gazon souhaité,  
L'eau courante où l'on jette une herbe à l'aventure,  
Le ciel bleu, le printemps, la sereine nature,  
Ce livre des oiseaux et des bohémiens,  
Ce poème de Dieu qui vaut mieux que les miens,  
Où l'enfant peut cueillir la fleur, strophe vivante,  
Sans qu'une grosse voix tout à coup l'épouvante !  
Moi, je suis resté seul, toute joie ayant fui,  
Seul avec ce pédant qu'on appelle l'ennui.  
Car, depuis le matin assis dans l'antichambre,  
Ce docteur, né dans Londres, un dimanche, en décembre,  
Qui ne vous aime pas, ô mes pauvres petits,  
Attendait pour entrer que vous fussiez sortis.  
Dans l'angle où vous jouiez il est là qui soupire,  
Et je le vois bâiller, moi qui vous voyais rire !
 
Que faire ? lire un livre ? oh non ! - dicter des vers ?  
A quoi bon ? - émaux bleus ou blancs, céladons verts,  
Sphère qui fait tourner tout le ciel sur son axe,  
Les beaux insectes peints sur mes tasses de Saxe,  
Tout m'ennuie, et je pense à vous. En vérité,  
Vous partis, j'ai perdu le soleil, la gaité,  
Le bruit joyeux qui fait qu'on rêve, le délire  
De voir le tout petit s'aider du doigt pour lire,  
Les fronts pleins de candeur qui disent toujours oui,  
L'éclat de rire franc, sincère, épanoui,  
Qui met subitement des perles sur les lèvres,  
Les beaux grands yeux naïfs admirant mon vieux Sèvres,  
La curiosité qui cherche à tout savoir,  
Et les coudes qu'on pousse en disant : Viens donc voir !
 
Oh ! certes, les esprits, les sylphes et les fées  
Que le vent dans ma chambre apporte par bouffées,  
Les gnomes accroupis là-haut, près du plafond,  
Dans les angles obscurs que mes vieux livres font,  
Les lutins familiers, nains à la longue échine,  
Qui parlent dans les coins à mes vases de Chine.  
Tout l'invisible essaim de ces démons joyeux  
A dû rire aux éclats, quand là, devant leurs yeux,  
Ils vous ont vus saisir dans la boite aux ébauches  
Ces hexamètres nus, boiteux, difformes, gauches,  
Les traîner au grand jour, pauvres hiboux fâchés,  
Et puis, battant des mains, autour du feu penchés,  
De tous ces corps hideux soudain tirant une âme,  
Avec ces vers si laids faire une belle flamme !
 
Espiègles radieux que j'ai fait envoler,  
Oh ! revenez ici chanter, danser, parler,  
Tantôt, groupe folâtre, ouvrir un gros volume,  
Tantôt courir, pousser mon bras qui tient ma plume,
Et faire dans le vers que je viens retoucher  
Saillir soudain un angle aigu comme un clocher  
Qui perce tout à coup un horizon de plaines.  
Mon âme se réchauffe à vos douces haleines.  
Revenez près de moi, souriant de plaisir,  
Bruire et gazouiller, et sans peur obscurcir  
Le vieux livre où je lis de vos ombres penchées,  
Folles têtes d'enfants ! gaités effarouchées !
 
J'en conviens, j'avais tort, et vous aviez raison.
Mais qui n'a quelquefois grondé hors de saison ?
Il faut être indulgent. Nous avons nos misères.
Les petits pour les grands ont tort d'être sévères.
Enfants ! chaque matin, votre âme avec amour
S'ouvre à la joie ainsi que la fenêtre au jour.
Beau miracle, vraiment, que l'enfant, gai sans cesse,
Ayant tout le bonheur, ait toute la sagesse !
Le destin vous caresse en vos commencements.
Vous n'avez qu'à jouer et vous êtes charmants.
Mais nous, nous qui pensons, nous qui vivons, nous sommes
Hargneux, tristes, mauvais, ô mes chers petits hommes !
On a ses jours d'humeur, de déraison, d'ennui.  
Il pleuvait ce matin. Il fait froid aujourd'hui.  
Un nuage mal fait dans le ciel tout à l'heure  
A passé. Que nous veut cette cloche qui pleure ?  
Puis on a dans le cœur quelque remords. Voilà  
Ce qui nous rend méchants. Vous saurez tout cela,  
Quand l'âge à votre tour ternira vos visages,  
Quand vous serez plus grands, c'est-à-dire moins sages.
 
J'ai donc eu tort. C'est dit. Mais c'est assez punir,  
Mais il faut pardonner, mais il faut revenir.  
Voyons, faisons la paix, je vous prie à mains jointes.  
Tenez, crayons, papiers, mon vieux compas sans pointes,  
Mes laques et mes grès, qu'une vitre défend,  
Tous ces hochets de l'homme enviés par l'enfant,  
Mes gros chinois ventrus faits comme des concombres,  
Mon vieux tableau trouvé sous d'antiques décombres,  
Je vous livrerai tout, vous toucherez à tout !  
Vous pourrez sur ma table être assis ou debout,  
Et chanter, et trainer, sans que je me récrie,  
Mon grand fauteuil de chêne et de tapisserie,  
Et sur mon banc sculpté jeter tous à la fois  
Vos jouets anguleux qui déchirent le bois !  
Je vous laisserai même, et gaiment, et sans crainte,  
Ô prodige ! en vos mains tenir ma bible peinte,  
Que vous n'avez touchée encore qu'avec terreur,  
Où l'on voit Dieu le père en habit d'empereur !
 
Et puis, brulez les vers dont ma table est semée,  
Si vous tenez à voir ce qu'ils font de fumée !  
Brulez ou déchirez ! - Je serais moins clément  
Si c'était chez Méry, le poète charmant,  
Que Marseille la grecque, heureuse et noble ville,  
Blonde fille d'Homère, a fait fils de Virgile.
Je vous dirais : - " Enfants, ne touchez que des yeux  
A ces vers qui demain s'envoleront aux cieux.  
Ces papiers, c'est le nid, retraite caressée,  
Où du poète ailé rampe encore la pensée.  
Oh ! n'en approchez pas ! car les vers nouveau-nés,  
Au manuscrit natal encore emprisonnés,
Souffrent entre vos mains innocemment cruelles.  
Vous leur blessez le pied, vous leur froissez les ailes ;  
Et, sans vous en douter, vous leur faites ces maux  
Que les petits enfants font aux petits oiseaux. " -
 
Mais qu'importe les miens ! - Toute ma poésie,  
C'est vous, et mon esprit suit votre fantaisie.  
Vous êtes les reflets et les rayonnements  
Dont j'éclaire mon vers si sombre par moments.  
Enfants, vous dont la vie est faite d'espérance,  
Enfants, vous dont la joie est faite d'ignorance,  
Vous n'avez pas souffert et vous ne savez pas,  
Quand la pensée en nous a marché pas à pas,  
Sur le poète morne et fatigué d'écrire  
Quelle douce chaleur répand votre sourire !  
Combien il a besoin, quand sa tête se rompt,  
De la sérénité qui luit sur votre front ;  
Et quel enchantement l'enivre et le fascine,  
Quand le charmant hasard de quelque cour voisine,  
Où vous vous ébattez sous un arbre penchant,  
Mêle vos joyeux cris à son douloureux chant !
 
Revenez donc, hélas ! revenez dans mon ombre,  
Si vous ne voulez pas que je sois triste et sombre,  
Pareil, dans l'abandon où vous m'avez laissé,  
Au pêcheur d'Etretat, d'un long hiver lassé,  
Qui médite appuyé sur son coude, et s'ennuie  
De voir à sa fenêtre un ciel rayé de pluie.
 
 
http://www.ac-creteil.fr/lycberliozvincennes/Cassin/images/enfants.jpg
 
                            [:petite elf] **orlane** [:petite elf]  
 
     
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 


---------------
** la plus grande gloire n'est pas de ne jamais tomber, mais de se relever à chaque chute**
n°2103
Avatar
profil
Posté le 10-11-2007 à 13:02:15  answer
 

Tu me demandes, Lesbie, combien de tes baisers il faudrait pour me satisfaire, pour me forcer à dire : Assez ? Autant de grains de sable sont amoncelés en Libye, dans les champs parfumés de Cyrène, entre le temple brûlant de Jupiter et la tombe révérée de l'antique Battus ; autant d'astres, par une nuit paisible, éclairent les furtives amours des mortels, autant il faudrait à Catulle de baisers de ta bouche pour étancher sa soif délirante, pour le forcer de dire : Assez. Ah ! puisse leur nombre échapper au calcul de l'envie, à la langue funeste des enchanteurs !
[VII]
A LESBIE- poesie de Catulle

n°2104
Avatar
profil
Posté le 10-11-2007 à 13:05:18  answer
 

Je vous donnerai des preuves de ma virilité, infâme Aurelius, et toi, débauché Furius, vous qui, pour quelques vers un peu libres, m'accusez de libertinage. Sans doute il doit être chaste dans sa vie, le pieux amant des Muses ; mais dans ses vers, peu importe ; ils ne sont piquants et enjoués que lorsqu'ils peuvent exciter le prurit du désir, je ne dis pas chez l'adolescent, mais chez ces vieillards velus qui ne peuvent plus mouvoir leurs reins engourdis. Vous avez lu ces vers où je parle de plusieurs milliers de baisers, et vous me croyez, comme vous, lâche, efféminé ; mais je vous donnerai des preuves de ma virilité.

n°2105
Avatar
profil
Posté le 10-11-2007 à 13:11:35  answer
 

La forêt
 
Dans cette forêt luxuriante d'arbres féconds
Des fougères masquaient par endroit le sol fertile
Le soleil traversait les arbres en milliers de rayons
Et les feuilles frissonnaient de cette légère brise
 
Etrange bois et mystérieux bruits s'envolant
Bruit des oiseaux sifflotant gaiement
Malgré ce lugubre silence s'étendant
Dans l'espace de ce domaine viviiant
 
Au loin, dans les chaumières  
On entendait les chiens aux abois
Les écureuils sautaient de branche en branche
Laissant apparaitre leur queue chatoyante
 
Passe des randonneurs en parlant
Sur un sentier déjà tracé
Entouré d'arbres séculaires
Donnant à cette forêt un semblant de vie légendaire

n°2106
Jamais Rien En Vain...
Avatar
profil
Posté le 10-11-2007 à 14:46:23  answer
 

Tout est de Catulle, Blableurp? "La Forêt" me plait assez...
 
A lire plusieurs fois ce poème de Victor Hugo, Orlane! C'est touffu...
 
Alphonse Marie Louis de Prat de Lamartine a été un poète, écrivain, historien, et homme politique français né à Mâcon le 21 octobre 1790 et mort à Paris le 28 février 1869...

 
 
http://forum.bestofchat.com/mesimages/123369/LamartineAlphonse01.jpg
 
            Le papillon
 
Naître avec le printemps, mourir avec les roses,
Sur l'aile du zéphyr nager dans un ciel pur,
Balancé sur le sein des fleurs à peine écloses,
S'enivrer de parfums, de lumière et d'azur,
Secouant, jeune encor, la poudre de ses ailes,
S'envoler comme un souffle aux voûtes éternelles,
Voilà du papillon le destin enchanté!
Il ressemble au désir, qui jamais ne se pose,
Et sans se satisfaire, effleurant toute chose,
Retourne enfin au ciel chercher la volupté!


---------------
Comme je descendais des Fleuves impassibles, Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles, Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs...
  Arthur Rimbaud "Le Bateau Ivre"

n°2107
*éternelle rêveuse*
Avatar
profil
Posté le 10-11-2007 à 22:56:00  answer
 

[:orlane40:27] je repars irrémédiablement vers mon poète favoris...
 
  Charles BAUDELAIRE (1821-1867)  
(Recueil : Les fleurs du mal)  
   
 
     JE TE DONNE CES VERS.....
 
Je te donne ces vers afin que si mon nom  
Aborde heureusement aux époques lointaines,  
Et fait rêver un soir les cervelles humaines,  
Vaisseau favorisé par un grand aquilon,
 
Ta mémoire, pareille aux fables incertaines,  
Fatigue le lecteur ainsi qu'un tympanon,  
Et par un fraternel et mystique chaînon  
Reste comme pendue à mes rimes hautaines ;
 
Etre maudit à qui, de l'abîme profond  
Jusqu'au plus haut du ciel, rien, hors moi, ne répond !  
- Ô toi qui, comme une ombre à la trace éphémère,
 
Foules d'un pied léger et d'un regard serein  
Les stupides mortels qui t'ont jugée amère,  
Statue aux yeux de jais, grand ange au front d'airain !
 
                    [:petite elf] **orlane** [:petite elf]  
 
     
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 


---------------
** la plus grande gloire n'est pas de ne jamais tomber, mais de se relever à chaque chute**
n°2108
Jamais Rien En Vain...
Avatar
profil
Posté le 11-11-2007 à 10:47:53  answer
 

"Vaisseau favorisé par un grand aquilon..."  Toujours la mer, Orlane... [:pioupiouu:1]
 
Gaston Couté (né à Beaugency le 23 septembre 1880, mort à Paris le 28 juin 1911) est un poète libertaire et chansonnier français...
 
Le poète de ma région, Beauce et Perche...
 
http://forum.bestofchat.com/mesimages/123369/CoutéGaston01.jpg
 
LE GAS QU'A MAL TOURNE
 
Dans les temps qu'j'allais à l'école,
- Oùsqu'on m'vouèyait jamés bieaucoup, -
Je n'voulais pâs en fout'e un coup ;
J'm'en sauvais fér' des caberioles,
Dénicher les nids des bissons,
Sublailler, en becquant des mûres
Qui m'barbouillin tout'la figure,
Au yeu d'aller apprend' mes l'çons ;
C'qui fait qu'un jour qu'j'étais en classe,
(Tombait d' l'ieau, j'pouvions pâs m'prom'ner !)
L'mét'e i'm'dit, en s'levant d' sa place :
"Toué !... t'en vienras à mal tourner !"
 
Il avait ben raison nout' mét'e,
C't'houmm'-là, i'd'vait m'counnét' par coeur !
J'ai trop voulu fére à ma tête
Et ça m'a point porté bounheur ;
J'ai trop aimé voulouér ét' lib'e
Coumm' du temps qu' j'étais écoyier ;
J'ai pâs pu t'ni' en équilib'e
Dans eun'plac', dans un atéyier,
Dans un burieau... ben qu'on n'y foute
Pâs grand chous' de tout' la journée...
J'ai enfilé la mauvais' route!
Moué ! j'sés un gâs qu'a mal tourné !
 
A c'tt' heur', tous mes copains d'école,
Les ceuss' qu'appernin l'A B C
Et qu'écoutin les bounn's paroles,
l's sont casés, et ben casés !
Gn'en a qui sont clercs de notaire,
D'aut's qui sont commis épiciers,
D'aut's qu'a les protections du maire
Pour avouèr un post' d'empléyé...
Ça s'léss' viv' coumm' moutons en plaine,
Ça sait compter, pas raisounner !
J'pense queuqu'foués... et ça m'fait d'la peine
Moué ! j'sés un gâs qu'a mal tourné !
 
Et pus tard, quand qu'i's s'ront en âge,
Leu' barbe v'nu, leu' temps fini,
l's vouéront à s'mett'e en ménage ;
l's s'appont'ront un bon p'tit nid
Oùsque vienra nicher l' ben-êt'e
Avec eun' femm'... devant la Loué !
Ça douét êt' bon d'la femme hounnête :
Gn'a qu'les putains qui veul'nt ben d'moué.
Et ça s'comprend, moué, j'ai pas d'rentes,
Parsounn' n'a eun' dot à m'dounner,
J'ai pas un méquier dont qu'on s'vante...
Moué ! j'sés un gâs qu'a mal tourné !


---------------
Comme je descendais des Fleuves impassibles, Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles, Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs...
  Arthur Rimbaud "Le Bateau Ivre"

n°2109
*éternelle rêveuse*
Avatar
profil
Posté le 11-11-2007 à 22:42:57  answer
 

[:orlane40:27] alors là Merle ce n'est pas banal comme style....
 
restons dans le thème de la mer et de ses ports.
 
 
 LE PORT
 
Un port est un séjour charmant pour une âme fatiguée des luttes de la vie. L'ampleur du ciel, l'architecture mobile des nuages, les colorations changeantes de la mer, le scintillement des phares, sont un prisme merveilleusement propre à amuser les yeux sans jamais les lasser. Les formes élancées des navires, au gréement compliqué, auxquels la houle imprime des oscillations harmonieuses, servent à entretenir dans l'âme le gout du rythme et de la beauté. Et puis, surtout, il y a une sorte de plaisir mystérieux et aristocratique pour celui qui n'a plus ni curiosité ni ambition, à contempler, couché dans le belvédère ou accoudé sur le môle, tous ces mouvements de ceux qui partent et de ceux qui reviennent, de ceux qui ont encore la force de vouloir, le désir de voyager ou de s'enrichir.  
 
CHARLES BAUDELAIRE (1821- 1867)
 
http://roidebretagne.com/img/port.jpg
 
                            [:elap:40] **orlane** [:elap:40]  
 
 
 
 
 
 
 
 
 


---------------
** la plus grande gloire n'est pas de ne jamais tomber, mais de se relever à chaque chute**
n°2110
Jamais Rien En Vain...
Avatar
profil
Posté le 12-11-2007 à 22:00:41  answer
 

          C'est le patois de mon coin, Orlane... Je pourrais même le parler... (ou l'enregistrer?)...
 
                              Tranquille, ce port de Baudelaire... on embarque?

 
                                                 http://forum.bestofchat.com/mesimages/123369/LautréamontDucasse.gif
 
  Isidore Lucien Ducasse (4 avril 1846, Montevideo, Uruguay – 24 novembre 1870, Paris), plus connu par son pseudonyme de Comte de Lautréamont (qu'il emprunta très probablement au Latréaumont d’Eugène Sue), est un poète franco uruguayan, auteur des Chants de Maldoror et de deux fascicules, Poésies I et Poésies II.
 Fils d'un commis-chancelier au Consulat général de France à Montevideo, Isidore Ducasse est élève interne au Lycée impérial de Tarbes, puis du lycée Louis-Barthou à Pau. À cette époque, son tuteur est un avoué tarbais, Jean Dazet. On sait qu'après un voyage en Uruguay en 1867, il revient à Paris et s'installe dans un hôtel de la rue Notre-Dame-des-Victoires. Il doit entamer des études supérieures dont la nature reste inconnue (concours d'entrée à l'École Polytechnique, a-t-on souvent écrit).
 Il publie à ses frais le premier des Chants de Maldoror en 1868 (l'œuvre complète sera imprimée en Belgique un an plus tard). En 1870, il habite rue Vivienne et publie les Poésies dont une publicité paraîtra dans la Revue populaire de Paris.
 Mais le 24 novembre, alors que le Second Empire s'effondre, il meurt à son domicile au 7 rue Faubourg-Montmartre. Sur son acte de décès, il est écrit : "Sans autres renseignements". Selon certaines sources, Lauréamont serait mort phtisique.
 
 
                                          Les Chants de Maldoror - Chant I
 
                                                           Strophe 2
 
Lecteur, c’est peut-être la haine que tu veux que j’invoque dans le commencement de cet ouvrage ! Qui te dit que tu n’en renifleras pas, baigné dans d’innombrables voluptés, tant que tu voudras, avec tes narines orgueilleuses, larges et maigres, en te renversant de ventre, pareil à un requin, dans l’air beau et noir, comme si tu comprenais l’importance de cet acte et l’importance non moindre de ton appétit légitime, lentement et majestueusement, les rouges émanations ? Je t’assure, elles réjouiront les deux trous informes de ton museau hideux, ô monstre, si toutefois tu t’appliques auparavant à respirer trois mille fois de suite la conscience maudite de l’Éternel ! Tes narines, qui seront démesurément dilatées de contentement ineffable, d’extase immobile, ne demanderont pas quelque chose de meilleur à l’espace, devenu embaumé comme de parfums et d’encens ; car, elles seront rassasiées d’un bonheur complet, comme les anges qui habitent dans la magnificence et la paix des agréables cieux.


---------------
Comme je descendais des Fleuves impassibles, Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles, Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs...
  Arthur Rimbaud "Le Bateau Ivre"

n°2111
*éternelle rêveuse*
Avatar
profil
Posté le 12-11-2007 à 22:29:16  answer
 

[:orlane40:29] embarquons Merle vers d'autres rivages...;
 
  Notre âme est un trois-mâts cherchant son Icarie  
 
 
Pour l'enfant, amoureux de cartes et d'estampes,  
L'univers est égal à son vaste appétit.  
Ah ! que le monde est grand à la clarté des lampes !  
Aux yeux du souvenir que le monde est petit !  
 
Un matin nous partons, le cerveau plein de flamme,  
Le coeur gros de rancune et de désirs amers,  
Et nous allons, suivant le rythme de la lame,  
Berçant notre infini sur le fini des mers :  
 
Les uns, joyeux de fuir une patrie infâme ;  
D'autres, l'horreur de leurs berceaux, et quelques-uns,  
Astrologues noyés dans les yeux d'une femme,  
La Circé tyrannique aux dangereux parfums.  
 
Pour n'être pas changés en bêtes, ils s'enivrent  
D'espace et de lumière et de cieux embrasés ;  
La glace qui les mord, les soleils qui les cuivrent,  
Effacent lentement la marque des baisers.  
 
Mais les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent  
Pour partir, cœurs légers, semblables aux ballons,  
De leur fatalité jamais ils ne s'écartent,  
Et, sans savoir pourquoi, disent toujours : Allons !  
 
Ceux-là dont les désirs ont la forme des nues,  
Et qui rêvent, ainsi qu'un conscrit le canon,  
De vastes voluptés, changeantes, inconnues,  
Et dont l'esprit humain n'a jamais su le nom  
 
II  
 
Nous imitons, horreur ! la toupie et la boule  
Dans leur valse et leurs bonds ; même dans nos sommeils  
La Curiosité nous tourmente et nous roule,  
Comme un Ange cruel qui fouette des soleils.  
 
Singulière fortune où le but se déplace,  
Et, n'étant nulle part, peut être n'importe où !  
Où l'homme, dont jamais l'espérance n'est lasse,  
Pour trouver le repos court toujours comme un fou !  
 
Notre âme est un trois-mâts cherchant son Icarie ;  
Une voix retentit sur le pont : "Ouvre l'œil !"  
Une voix de la hune, ardente et folle, crie .  
"Amour... gloire... bonheur !" Enfer ! c'est un écueil !  
 
Chaque ilot signalé par l'homme de vigie  
Est un Eldorado promis par le Destin ;  
l'imagination qui dresse son orgie  
Ne trouve qu'un récif aux clartés du matin.  
 
Ô le Pauvre amoureux des pays chimériques !  
Faut-il le mettre aux fers, le jeter à la mer,  
Ce matelot ivrogne, inventeur d'Amérique  
Dont le mirage rend le gouffre plus amer ?  
 
Tel le vieux vagabond, piétinant dans la boue,  
Rêve, le nez en l'air, de brillants paradis ;  
Son œil ensorcelé découvre une Capoue  
Partout où la chandelle illumine un taudis.  
 
III  
 
étonnants voyageurs ! quelles nobles histoires  
Nous lisons dans vos yeux profonds comme les mers !  
Montrez-nous les écrins de vos riches mémoires,  
Ces bijoux merveilleux, faits d'astres et d'éthers.  
 
Nous voulons voyager sans vapeur et sans voile !  
Faites, pour égayer l'ennui de nos prisons,  
Passer sur nos esprits, tendus comme une toile,  
Vos souvenirs avec leurs cadres d'horizons.  
 
Dites, qu'avez-vous vu ?  
 
IV  
 
"Nous avons vu des astres  
Et des flots ; nous avons vu des sables aussi ;  
Et, malgré bien des chocs et d'imprévus désastres,  
Nous nous sommes souvent ennuyés, comme ici.  
 
"La gloire du soleil sur la mer violette,  
La gloire des cités dans le soleil couchant,  
Allumaient dans nos cœurs une ardeur inquiète  
De plonger dans un ciel au reflet alléchant.  
 
"Les plus riches cités, les plus grands paysages,  
Jamais ne contenaient l'attrait mystérieux  
De ceux que le hasard fait avec les nuages.  
Et toujours le désir nous rendait soucieux !  
 
"- La jouissance ajoute au désir de la force.  
Désir, vieil arbre à qui le plaisir sert d'engrais,  
Cependant que grossit et durcit ton écorce,  
Tes branches veulent voir le soleil de plus près !  
 
"Grandiras-tu toujours, grand arbre plus vivace  
Que le cyprès ? - Pourtant nous avons, avec soin,  
Cueilli quelques croquis pour votre album vorace,  
Frères qui trouvez beau tout ce qui vient de loin !  
 
"Nous avons salué des idoles à trompe ;  
Des trônes constellés de joyaux lumineux ;  
Des palais ouvragés dont la féérique pompe  
Serait pour vos banquiers un rêve ruineux ;  
 
"Des costumes qui sont pour les yeux une ivresse ;  
Des femmes dont les dents et les ongles sont teints,  
Et des jongleurs savants que le serpent caresse."  
 
V  
 
Et puis, et puis encore ?  
 
VI  
 
"Ô cerveaux enfantins !  
"Pour ne pas oublier la chose capitale,  
Nous avons vu partout, et sans l'avoir cherché,  
Du haut jusques en bas de l'échelle fatale,  
Le spectacle ennuyeux de l'immortel péché  
 
"La femme, esclave vile, orgueilleuse et stupide,  
Sans rire s'adorant et s'aimant sans dégout ;  
L'homme, tyran goulu, paillard, dur et cupide,  
Esclave de l'esclave et ruisseau dans l'égout ;  
 
"Le bourreau qui jouit, le martyr qui sanglote ;  
La fête qu'assaisonne et parfume le sang ;  
Le poison du pouvoir énervant le despote,  
Et le peuple amoureux du fouet abrutissant ;  
 
"Plusieurs religions semblables à la nôtre,  
Toutes escaladant le ciel ; la Sainteté,  
Comme en un lit de plume un délicat se vautre,  
Dans les clous et le crin cherchant la volupté ;  
 
"l'humanité bavarde, ivre de son génie,  
Et, folle maintenant comme elle était jadis,  
Criant à Dieu, dans sa furibonde agonie :  
Ô mon semblable, ô mon maitre, je te maudis !"  
 
"Et les moins sots, hardis amants de la Démence,  
Fuyant le grand troupeau parqué par le Destin,  
Et se réfugiant dans l'opium immense !  
- Tel est du globe entier l'éternel bulletin."  
 
VII  
 
Amer savoir, celui qu'on tire du voyage !  
Le monde, monotone et petit, aujourd'hui,  
Hier, demain, toujours, nous fait voir notre image  
Une oasis d'horreur dans un désert d'ennui !  
 
Faut-il partir ? rester ? Si tu peux rester, reste ;  
Pars, s'il le faut. L'un court, et l'autre se tapit  
Pour tromper l'ennemi vigilant et funeste,  
Le Temps ! Il est, hélas ! des coureurs sans répit,  
 
Comme le Juif errant et comme les apôtres,  
A qui rien ne suffit, ni wagon ni vaisseau,  
Pour fuir ce rétiaire infâme : il en est d'autres  
Qui savent le tuer sans quitter leur berceau.  
 
Lorsque enfin il mettra le pied sur notre échine,  
Nous pourrons espérer et crier : En avant !  
De même qu'autrefois nous partions pour la Chine,  
Les yeux fixés au large et les cheveux au vent,  
 
Nous nous embarquerons sur la mer des Ténèbres  
Avec le cœur joyeux d'un jeune passager.  
Entendez-vous ces voix, charmantes et funèbres,  
Qui chantent : "Par ici ! vous qui voulez manger  
 
"Le Lotus parfumé ! c'est ici qu'on vendange  
Les fruits miraculeux dont votre cœur a faim ;  
Venez vous enivrer de la douceur étrange  
De cette après-midi qui n'a jamais de fin ?"  
 
A l'accent familier nous devinons le spectre ;  
Nos Pylades là-bas tendent leurs bras vers nous.  
"Pour rafraichir ton cœur nage vers ton Électre ! "  
Dit celle dont jadis nous baisions les genoux.  
 
VIII  
 
Ô Mort, vieux capitaine, il est temps ! levons l'ancre !  
Ce pays nous ennuie, ô Mort ! Appareillons !  
Si le ciel et la mer sont noirs comme de l'encre,  
Nos cœurs que tu connais sont remplis de rayons !  
 
Verse-nous ton poison pour qu'il nous réconforte !  
Nous voulons, tant ce feu nous brule le cerveau,  
Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu'importe ?  
Au fond de l'inconnu pour trouver du nouveau !  
 
                                   CHARLES BAUDELAIRE
 
http://etellier.phpwebhosting.com/lesmouks/belem.jpg
 
                                     [:elap:40] **orlane** [:elap:40]


---------------
** la plus grande gloire n'est pas de ne jamais tomber, mais de se relever à chaque chute**
n°2112
Jamais Rien En Vain...
Avatar
profil
Posté le 13-11-2007 à 18:37:35  answer
 

Un voyage plus modeste maintenant, Orlane... En péniche...
 
Un poème que j'ai appris enfant, à l'école, mais que je n'ai jamais oublié...
 
http://forum.bestofchat.com/mesimages/123369/VerhaerenEmile01.jpg http://forum.bestofchat.com/mesimages/123369/VanRysselbergheTheoLaLectureVerhaeren1903.jpg
La Lecture (1903) par Théo Van Rysselberghe. Verhaeren en veston rouge est vu du dos.
 
 Emile (et non Émile) Adolphe Gustave Verhaeren, né à Saint-Amand dans la province d'Anvers le 21 mai 1855 et mort à Rouen le 27 novembre 1916, est un poète belge « fransquillon », c'est-à-dire flamand d'expression française. Dans ses poèmes influencés par le symbolisme, où il pratique le vers libre, sa conscience sociale lui fait évoquer les grandes villes dont il parle avec lyrisme sur un ton d'une grande musicalité. Il a su traduire dans son œuvre la beauté de l'effort humain.
 
"LE CHALAND"
 
Sur l'arrière de son bateau,
 
Le batelier promène
 
Sa maison naine
 
Par les canaux.
 
Elle est joyeuse, et nette, et lisse,
 
Et glisse
 
Tranquillement sur le chemin des eaux.
 
Cloisons rouges et porte verte,
 
Et frais et blancs rideaux
 
Aux fenêtres ouvertes.
 
Et, sur le pont, une cage d'oiseau
 
Et deux baquets et un tonneau ;
 
Et le roquet qui vers les gens aboie,
 
Et dont l'écho renvoie
 
La colère vaine vers le bateau.
 
Le batelier promène
 
Sa maison naine
 
Sur les canaux,
 
Qui font le tour de la Hollande,
 
Et de la Flandre et du Brabant.
 
Il transporte des cargaisons,
 
Par tas plus hauts que sa maison :
 
Sacs de pommes vertes et blondes,
 
Fèves et pois, choux et raiforts,
 
Et quelquefois des seigles d'or.
 
Qui arrivent du bout du monde.


---------------
Comme je descendais des Fleuves impassibles, Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles, Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs...
  Arthur Rimbaud "Le Bateau Ivre"

n°2113
Avatar
profil
Posté le 13-11-2007 à 23:01:58  answer
 

[quotemsg=2106,33,123369][#8D0071]Tout est de Catulle, Blableurp? "La Forêt" me plait assez...
 
les deus premiers sont de catulle et le troisieme (que j'adore auss) est d'un illutre inconu rencontré sur la toile.

 Page :  1  2  3  4  5
Page Précédente 

Aller à :
Ajouter une réponse
 

MON COMPTE
PUBLICITE
FAIRE DES RENCONTRES
CREER SON CHAT
Script de Chat gratuit !
100 % Configurable : script de tchat avec webcam en flash, pour webmasters ou internautes...
LIENS A DECOUVRIR...